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Le citoyen de verre, entre surveillance et exhibition, par Wolfgang Sofsky, Editions de l’Herne, 2011 (pour la traduction) – Un chemin sinueux pour décrire l’avancée de l’Etat non totalitaire mais préventif…

26 06 2011

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Difficile de livrer son sentiment sur un essai quand on a perdu l’habitude d’en lire. Pourtant, le thème de cet ouvrage, reçu grâce à l’opération « Masse critique », m’intéressait à l’heure de la société « sans » risque ou règne un principe de précaution parfois envahissant mais érigé en commandement.

En effet, le sociologue et philosophe allemand se penche dans ce texte sur les pratiques de surveillance de notre époque et plus précisément sur leurs motivations. Est-ce le pouvoir, seul, qui aspire à s’étendre par nature et qui est responsable de cette société de surveillance ? Sont-ce, aujourd’hui, les populations qui aspirent à une société de surveillance dans laquelle l’émotion naît moins de l’atteinte aux libertés que de la réalisation du risque ?

L’écrivain allemand débute par une mention des différents moyens de surveillance qui peuvent permettre aujourd’hui de recomposer l’emploi du temps d’une personne. Dans son premier chapitre « Traces », il suis « B. » tout au long d’une journée et décrit son exposition à la surveillance permanente : « Lorsque B. quitte son immeuble, le matin, c’est déjà la troisième fois qu’on inscrit son nom dans un fichier. Un ordinateur de son opérateur téléphonique a enregistré la conversation qu’il a eu avez ses parents. Dans le couloir, à peine ouverte  la porte de l’appartement, c’est une caméra qui le prend dans sa ligne de mire (…) ». Ce premier chapitre est assez effrayant. Sans nous apprendre rien sur les moyens de surveillance existants, Wolfgang Sofsky pointe le risque de l’articulation des différents systèmes. Le danger dont souhaite nous avertir et nous protéger la Cnil – en France –, commission nationale de l’informatique et des libertés, est identifié : il tient à la connexion des bases de données, capable de ficher non pas les caractères d’un individu mais sa vie toute entière. Non seulement ce potentiel croisement de fichiers porte atteinte à notre liberté individuelle. Mais en outre, il présente une réelle difficulté : il ne connaît pas l’oubli. Une fois qu’un individu a pénétré une base de données, il n’en sort que très difficilement. Même quand, comme c’est le cas avec un réseau comme Facebook, c’est lui qui s’est porté volontaire pour le fichage !

A ce moment là de ma lecture, j’imagine que la démarche conduit à observer et décrypter les motivations de la société de surveillance. Dès le second chapitre, les motifs de « la cage à sujétion » sont en effet abordés, comme dans les huit suivants. Cependant, cela est fait à la fois à l’aide de l’histoire politique et de l’actualité politique, d’analyses réelles et de brèves de comptoirs. Le tout étant mêlé. Je ne m’y suis très vite plus retrouvée…

Pourtant les développements pertinents émaillent le propos du philosophe sur le rôle non pas moral mais intrusif de l’interdit notamment, sur l’origine de la honte et le rapport de l’individu à son corps, corps individuel avant d’être social.

Une fois introduite sa thèse selon laquelle notre société est la proie d’une tentation totalitaire au nom du risque et de la peur, il met en perspective ce citoyen, « entre surveillance et exhibition », certes, mais aussi entre sujétion et résistance. Il livre alors le constat de la victoire, actuelle et peut-être éphémère de l’émotion et donc de la sujétion. Il nous situe dans une société de surveillance désirée par ses propres membres : « Pour la très grande majorité des sujets, il est depuis très longtemps tout naturel d’être enregistré, épié, mis sous tutelle et tranquillisé en permanence ».

Il met donc en avant le paradoxe d’une surveillance exacerbée qui survient à l’heure de la démocratie. Cependant, il ne va pas plus loin. Plus loin dans la dénonciation que l’on pourrait attendre. Jusqu’au bout, son cheminement est tortueux. Dans l’argumentation, dans la conclusion.

Notre société, à force de tout observer, de tout surveiller, d’ériger le moindre fait en évènement, ne distingue plus rien et n’a plus d’échelle des valeurs en ce qui concerne le risque. C’est ainsi que, selon W. Sofsky, la police française a perdu sa lucidité face au groupe de Tarnac par exemple. Mais ce qu’il dénonce, la volonté d’omniscience du pouvoir, lui aussi en est en fait victime.

Ainsi, il explore de nombreux champs de cette société de surveillance sans les approfondir assez, en butinant de part et d’autres. Je regrette ce butinage. Même si j’ai, de mon côté, trouvé mon compte à butiner à mon gré dans ce livre qui ouvre de belles pistes de réflexion sur notre société actuelle. Une société dont il faudra un jour couper les tentacules plus proches de celles d’un Etat totalitaire accompli que d’un Etat démocratique, quand le principe de précaution régissant la société du risque sera vaincu par la liberté.

Rouen, le 26 juin,

Claire 


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