• Accueil
  • > Au fil de nos lectures
  • > Journal d’un corps par Daniel Pennac, Gallimard, 2012 – Du dégoût à l’éclat de rire, de la gêne au sourire, des mots qui entrent en résonnance avec le corps.

Journal d’un corps par Daniel Pennac, Gallimard, 2012 – Du dégoût à l’éclat de rire, de la gêne au sourire, des mots qui entrent en résonnance avec le corps.

22 04 2012

Journal d’un corps par Daniel Pennac, Gallimard, 2012 – Du dégoût à l’éclat de rire, de la gêne au sourire, des mots qui entrent en résonnance avec le corps. dans Au fil de nos lectures image-Jal-Corps-99x150

S’offrir un livre pour son auteur, Daniel Pennac : apprécié, jeune pour l’Oeil du Loup et un peu moins jeune pour Chagrin d’Ecole… S’offrir un livre pour son auteur et, une fois le livre refermé, se dire qu’on le réalisera de nouveau : choisir un Pennac pour Pennac.

Car ce Journal d’un corps est magnifique. La vie déclinée dans tous ses petits détails corporels, ses forces physiques, ses faiblesses maladives, y figure magistralement, en première place. Le cahier des charges de l’auteur est ainsi respecté à la ligne : page après page, c’est du corps qu’il s’agit et de rien d’autre. Il ne s’agit pas d’un journal intime. Nous sommes au royaume du corps. Ainsi, il n’est permis au narrateur d’avouer ses sentiments pour sa femme que dans la description sensuelle du corps de celle-ci, de sa démarche « chaloupée ». Plus que du corps objet, c’est avant tout du corps acteur qu’il est question : non seulement il prend la plume ou saisit le clavier de l’auteur mais il bouleverse aussi le narrateur, le soumet, le plie, jusqu’à son dernier souffle de vie.

L’œuvre qu’écrit Daniel Pennac, est donc le journal d’un narrateur en fin de vie. Un narrateur qui a choisi de tenir ce journal d’un corps qu’il découvrait au fur et à mesure des âges, d’un corps compagnon de route qu’il souhaitait décrire et transmettre à ses descendants. Le récit est jalonné moins de dates, éminemment culturelles, que d’âges, éminemment corporels et ridés. Il traite du corps et exclusivement du corps, dans sa plénitude, ses jouissances, son déclin et sa décrépitude. Le journal nous renvoie au corps et à sa plénitude  physique. Et le fait dialoguer avec le corps du lecteur.

En l’occurrence, la lectrice que je suis a ressenti ce livre, bien plus que d’autres, dans sa chair. Au-delà des sentiers battus des sentiments que suscitent d’autres lectures, ce livre est vecteur d’émotions fortes…  Si fortes, qu’il fait naitre le plaisir, le désir, comme le ressent le narrateur lui-même face à ses propres lectures : « cette montée du désir qui me prend parfois aux moments les plus inattendus (…) dans l’échauffement de certaines lectures par exemple… ».  Si fortes qu’il engendre la nausée, le malaise, en particulier lors de l’extraction médicale ou naturelle de polypes du nez d’un narrateur bien loin d’être ronflant. Si fortes que le livre provoque, au-delà des sourires, le rire à la lecture de phrases, hors des clous certes, mais tellement vraies, tellement drôles, tellement vécues (?). Il en est ainsi des suivantes, relevées au hasard d’une rapide relecture : « Je me trouve plus indiscret en sentant un rot qu’en humant un pet » ;«Repensé à cette poussée graisseuse de l’adolescence en me lavant les cheveux, ce matin. Depuis cette époque, un jour de retard me les fait sentir étrangers à mon crâne, serpillière tombée par hasard sur ma tête. En d’autres termes je me lave les cheveux pour les oublier»; « Devenir père, c’est devenir manchot. Depuis un mois, je n’ai plus qu’un bras, l’autre porte Bruno ».

Sans vulgarité aucune, sans grivoiserie, sans lourdeur, Pennac tient un excellent journal. La ligne éditoriale est entrainante, de la naissance du corps à soi-même, de sa permanence, de son déclin…  Toutes ses longues étapes sont ponctuées d’échappées belles dans le plaisir ou dans la souffrance. Les mots sont précis et attachants, le langage corporel.

J’ai aimé cette lecture, iconoclaste par bien des aspects et notamment par sa transgression répétée des tabous hypocrites sur la vérité des corps. C’est un livre inattendu et juste. Un très bel ouvrage. Et un très bel hommage au support – et sans doute un peu plus – de notre vie.

Tours-Paris, le 9 avril 2012

Claire


Actions

Informations



Laisser un commentaire




Au fil des mots |
Entre deux nuages |
Lectures d'haabir |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Dans le Jardin des mots
| j'ai "meuh" la "lait"cture
| Les Chansons de Cyril Baudouin