14, par Jean Echenoz, octobre 2012, Les Editions de Minuit – Roman des sens, vivants et morts, survivants.

6 11 2012

14, par Jean Echenoz, octobre 2012, Les Editions de Minuit – Roman des sens, vivants et morts, survivants. dans Au fil de nos lectures 9782707324573_1_75

Echenoz ne s’en va pas. Il court. Et nous éclaire.

Sa littérature est magnifique et 14 est l’un des plus beaux romans que j’ai pu lire. Il est impossible d’être insensible à la beauté laconique de ce texte qui jauge et juge la Grande Guerre et fait l’éloge des sens. Echenoz n’en fait pas des tonnes. Comme un musicien, il est juste. Ni trop larmoyant, ni trop poétique. Juste larmoyant et poétique. Politique aussi, car son livre apparait comme le scénario d’un film antimilitariste peut-être mais sacrément humain.

Son éloge des sens prend place tant sur le fond, le jeu entre la présence de tous les sens et l’absence de quelques uns, que sur la forme. Et je ne sais lequel porte l’autre dans ce roman.

Le récit est celui des relations humaines ou inhumaines à l’époque des tranchées. D’un côté, des jeunes gens d’un même village se retrouvent au front où ils vivent tout à la fois l’épreuve du groupe et de la solitude, l’histoire de l’amitié et de la solitude, l’avènement de la mort et de la solitude. De l’autre, deux jeunes gens parmi ces cinq amis amoureux d’une même jeune femme s’opposent. Dans leurs paroles, dans leur regard, de tout leur être. Ils composent un triangle amoureux sans passion mais avec quelques rêves.

La guerre détruit tout. Le groupe d’amis et le triangle amoureux, au profit de la passion paradoxalement sèche et au détriment des rêves. Qu’importent les nouvelles relations qui pourront naître après,  qu’importe celui d’Anthime ou de Charles qui reviendra auprès de Blanche… Car tous seront amputés, de proches, de membres, de sensations. Morts ou amputés, d’un membre, des yeux, du goût de vivre comme avant, les personnages d’Echenoz survivent, malgré tout, mélodieusement.

La guerre a tout changé  pour les héros nationaux qu’Echenoz fait siens. Tout, sauf la permanence des sens qui ont survécu, toujours et plus que jamais éveillés, sur le qui-vive au fil des quelques cent pages de musique offerte en cadeau. Du vent qui empêche d’entendre dans un premier temps le tocsin et de l’alternance de blanc et de noir en haut des églises au fur et à mesure du mouvement des cloches, aux hommes ivres décrits par l’auteur que l’on devine se dressant gare de l’est, chantant l’Internationale que l’on entonne, intérieurement, alors qu’on referme le chef d’œuvre, de nos deux mains, bel et bien là.

La guerre est finalement et ironiquement créatrice, contre-nature.

Claire.

Clichy, le 5 novembre 2012.

 


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2 réponses à “14, par Jean Echenoz, octobre 2012, Les Editions de Minuit – Roman des sens, vivants et morts, survivants.”

  1. 3 01 2013
    philippe méoule (10:56:21) :

    bonjour,
    si je ne l’avais déjà lu, votre commentaire sur ce superbe livre qui me semble résumer tout ce qui a été dit et écrit sur « 14″, m’enjoindrait à l’acheter sans délai.
    Bien à vous,
    Philippe Méoule

  2. 6 03 2013
    traindelivres (00:11:40) :

    Bonsoir à tous,

    J’ai « oublié » de poster le commentaire précédent. Et d’y répondre. J’apprends ce soir qu’il est trop tard pour y répondre…

    Philippe Méoule, que vous pouviez retrouver sur ce blog (http://nosviesnosoeuvres.blogspot.fr/) vient de nous quitter. Je sais que c’était un passionné, un passionné de lectures. Je ne l’ai croisé que de rares fois et je crois que sans le savoir nous nous sommes croisés dans les livres.

    Alors même s’il est trop tard, merci à vous Philippe pour ce mot laissé il y a quelques temps sur ce train de livres. Même s’il est trop tard, bon voyage : je vous devine armé de tous ces livres dévorés ces derniers temps. Même s’il est trop tard, que le vent vous aide encore à tourner quelques pages nouvelles et à revenir sur les plus belles.

    Sincèrement

    Claire

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