Fermeture éclair par Carl Aderhold, 2012, JC Lattes – une lecture éclair car (trop) réaliste

6 11 2012

Inscrit dans le temps présent, celui des drames collectifs engendrés par la crise et les fermetures d’usines, celui des drames familiaux également engendrés par la crise et les fermetures d’usines, ce roman de Carl Aderhold conte une histoire tristement banale, trop réelle, avec de bons mots.

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Ce récit est celui d’une « fermeture éclair » qui touche une usine du groupe Contilis. La fermeture intervient d’un coup, d’un seul. Sans échappatoire. Les Contilis sont dans l’imaginaire ce que peuvent être les Conti, les Pétroplus, les M’Real dans nos journaux d’actualité bien réels de ces années 2010 qui égrainent chaque jour le nom d’entreprises au bord du gouffre, parfois sauvées, toujours en sursis, souvent condamnées. L’entreprise du roman était familiale et appartenait depuis trois ans à un groupe américain. Proie d’un plan social au moment du changement de propriétaire, elle est au moment de la narration victime d’un second plan, définitif, qui touche Laurent et tous ses collègues.

Ceux-ci peuvent bien se battre avec l’énergie du désespoir, le vrai – accentué pour une séparation pour notre anti-héros socialement et humainement défait – ils n’obtiendront rien sinon le droit de participer à une dérisoire « coupe du monde des chômeurs ».

Irréelle mais pas irréaliste cette compétition de football permet à l’auteur de ce roman social de sanctifier l’humain, l’équipe, en même temps qu’il décrédibilise l’action publique : son histoire est tristement réaliste alors qu’elle décrit une manifestation organisée par des collectivités publiques (dont un conseil général), une manifestation financée par le groupe qui a fermé l’usine locale…

Tristement réaliste mais trop binaire, l’auteur livre un manifeste qui ignore parfois la complexité humaine. Moins pour la composition de l’équipe constituée autour de Laurent, entraînée par l’ancien DRH, soignée par l’ancienne comptable que pour cet ancien patron qui pourrait peut-être leur remettre la coupe, ce patron qui n’a connu comme moment de gloire dans sa carrière qu’une prise d’otage savamment orchestrée … par lui. Manipulateur de chiffres, manipulateur d’hommes. Le portrait est vraiment peu reluisant. Moins convaincant que celui des licenciés. Trop à charge dans ce récit auquel on pourrait par conséquent reprocher son manichéisme.

Ce roman emporte cependant le lecteur. Il est certes noir : d’un côté les ouvriers perdent leur raison d’être, ils sont condamnés à errer dans un monde qui ne sait quoi faire d’eux, sinon les ériger en faux sportifs, réels paumés, vrais anti-héros ; de l’autre les responsables politiques n’ont aucune arme, que des maux.

Mais il tient en haleine parce qu’il ne se contente pas d’être misérabiliste. L’auteur introduit une force, une intrigue et érige ses personnages, Laurent, et ses comparses sinon en héros au moins en acteurs. Laurent et ses collègues ne s’écrasent pas sous la machine capitalistique qui leur a tout pris, sous la machine politique qui ne les honore pas. Ils souhaitent prendre une revanche, montrer qu’ils sont plus que des ouvriers, plus que des chômeurs, plus que rien. Parce qu’à défaut d’avoir un rôle économique ils sont encore des maris, des amants, des parents, ils feront tout pour obtenir de leur ancien employeur-voyou 50 000 euros qui sont tout à la fois le bout du monde et leur dignité.

Claire,

 Aix-en-Provence-Paris, le 29 octobre 2012

NB: Merci à Babelio et à son opération Masse critique de m’avoir non seulement permis la découverte d’un auteur mais encouragé à reprendre la plume pour écrire sur des lectures toujours aussi nombreuses et heureuses, en particulier avec ce flot de romans 2012, plus qu’enthousiasmant.


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