Au-revoir là-haut, par Pierre Lemaitre – « Cinématographique » a dit Bernard Pivot et je confirme.

27 11 2013

 

Au revoir la haut

Depuis quelques temps, pour tenir une promesse que je me suis faite il y a bien longtemps, je suis Prisonnière volontaire et enthousiaste des Swann et des Guermantes, des Gilberte ou Albertine… Eh oui, j’ai entamé la lecture de la Recherche. En réaliser une chronique serait très – trop- ambitieux. Mais entre les volumes, quelques lectures, souvent dignes d’un petit texte, se glissent. 

Il en est ainsi du prix Goncourt dévoré, malgré ses 563 pages, en quelques maigres et riches jours. A l’annonce des quatre derniers romans en course pour le couronnement 2013, je m’étais empressé de lire Nue de Jean-Philippe Toussaint, un auteur que j’apprécie particulièrement et j’avoue n’avoir pas eu envie de me plonger dans ce Lemaitre. Bon, une fois la récompense annoncée, il convenait tout de même de l’ouvrir ce roman d’un maitre du polar.

Albert Maillard, Edouard Pericourt, Eugène Larivière, Henri d’Aulnay-Pradelle : Au revoir là-haut est un roman d’hommes, d’hommes qui ont fait la guerre et y sont restés – toujours – même quand ils en sont revenus. Un roman où les femmes sont muettes mais pas sans influence, que ce soit la mère d’Albert et son opinion lointaine, Madeleine Péricourt, fille, sœur et femme de dans cette fresque, discrète mais décidée, voire décisive ou encore Cécile, éphémère amour d’une gueule cassée honteuse.

Fresque, épopée : c’est ainsi que je qualifierais ce roman, annoncé comme le premier d’une série. Le récit colle à une intrigue crédible et en partie réelle, il s’inscrit dans notre histoire nationale, avec ses héros et ses ennemis, ses passions et ses déchirements. Les premiers paragraphes du livre sont captivants : Pierre Lemaitre amène son contemporain dans les tranchées, le dernier jour du combat. Les scènes sont précises, et même si le lecteur pense y laisser sa peau, avec celles d’Albert et d’Edouard qui ne se battent pas toujours contre les Allemands mais contre un égo démesuré, sans sentimentalisme. On s’attendrit à peine et on ne larmoie pas à la lecture de ces lignes. On se révolte et on s’attache oui. On se révolte face aux situations vécues, dures, face aux images, fortes et tellement réalistes – cinématographiques disait donc Bernard Pivot – que Pierre Lemaitre distillera tout au long de son livre – celle du fumeur à la mâchoire arrachée a fait momentanément tombé le livre de mes mains. On s’attache à des soldats à jamais soldats, combattants jusqu’en 1918, survivants ensuite. Inconnus l’un à l’autre, Albert Maillard et Edouard Péricourt vivront d’une solidarité de fortune à la fin de la guerre, d’une amitié subie puis choisie. Par la débrouillardise de l’un, le génie fou de l’autre, par une fraternité à l’épreuve de leurs identités respectives, terriblement riches, à l’épreuve de cet égo démesuré que j’évoquais précédemment, celui du Lieutenant d’Aulnay-Pradelle, ils nous font découvrir l’après-guerre, celui qui a besoin de dresser des monuments à ses enfants tout en reléguant, cachant ses gueules cassées.

La critique avait présenté ce roman comme une histoire de profiteurs de guerre. Il n’y en a ici qu’un seul, cet Aulnay-Pradelle, salaud dans la guerre et dans l’après-guerre, irrespectueux de l’engagement, de sa femme, de nos morts, arriviste sans vergogne. Car les autres personnages, dans leur grande majorité, sont des héros. Des héros de circonstances mais des héros de grande étoffe aussi, celle des Péricourt qui, on le pressent, n’en ont pas fini de donner des opportunités littéraires à leur créateur.

Histoire nationale, justesse des mots, intrigues construites, personnages forts sont les ingrédients d’un beau succès pour ce prix Goncourt qui tombe à pic pour le début des célébrations de nos poilus. Ce livre est plus qu’opportuniste, il est réussi. Son seul défaut peut-être, lié à son écriture facile : nous emporter sur le fond plus que sur la forme, sans toujours beaucoup de recul, dans un récit relevé avec une plume où manque le relief.

Claire.

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