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La maison du sommeil par Jonathan Coe, Editions Gallimard, 1998 – Une lecture agitée, loin de la tentation du sommeil.

12 12 2013

Maison du Sommeil

Après Une touche d’amour et La pluie avant qu’elle tombe qui m’avaient fait découvrir Jonathan Coe à bord du Paris-Rouen (où est-ce l’inverse) voici quelques années, quoi de plus approprié, à l’heure des siestes à répétition, que de se plonger dans La maison du sommeil que l’auteur britannique a livré en 1997 ?

Ce Jonathan Coe est fidèle au souvenir que j’ai de ses quelques autres créations et manie quelques ingrédients reconnus : des personnages incongrus qui se croisent ici et là, une histoire qui se consolide, qui prend corps au fil des pages, des thèmes, comme l’orientation sexuelle, qui sont constitutifs du récit et enfin des réflexions sur la construction du sujet qui sont développées avec tact.

Si les outils sont connus, ce roman dispose pour autant d’une vraie force : son architecture qui ménage un suspens captivant et qui fait de lui un livre unique. Et dans les faits, on s’enfonce dans cette œuvre, sans s’endormir un seul instant et sans s’y perdre : loin des méandres du sommeil, les personnages nous entrainent sur leurs pas.

Ces personnages ne sont pas des héros, loin de là. Si nous les rencontrons pour la plupart étudiants, Sarah, Veronica, Gregory, Robert ou Terry sont loin d’avoir réussi leurs vies quand nous les retrouvons à l’âge adulte. L’écrivain nous les présente à Ashdown, dans une demeure perchée sur une falaise des côtes anglaises, et ce à deux époques qui seront alternées au rythme des chapitres : la maison est alors successivement résidence étudiante et clinique du sommeil. Et pour expliquer ce qui se passe dans cette clinique du sommeil, dix ou vingt ans après, rien de plus approprié que de se plonger dans l’histoire de ces camarades, peu joyeux, ratés qui se sont éloignés puis perdus.

Sarah et Gregory, à l’époque étudiants et amants, sont le ciment de l’intrigue. Elle est narcoleptique, lui sera médecin du sommeil. Leurs personnages, complexes, sont très cohérents, très construits dans le récit de Jonathan Coe : au-delà de l’entretien du suspens, c’est une des caractéristiques de son écriture qui repose toujours sur des personnages étoffés, crédibles, intrigants.

Sarah et Veronica, Sarah et Robert sont le mystère de l’intrigue : Sarah a vécu une histoire d’amour avec la première, une histoire d’amitié avec le second, enfin c’est un point de vue, le sien. Vivants, morts, disparus ? Qu’importe, ils sont surtout absents d’eux-mêmes ou – terme plus approprié – somnambules. Pourquoi ?

Terry, lui, l’ami de tous, est le fil du roman- et allais-je dire – de l’enquête. Car il s’agit bien de découvrir par son intermédaire, aidé d’un autre révélateur de mémoire (une petite fille étrange prénommée Ruby), ce que cache cette Maison du Sommeil où Sarah Tudor s’est construite ou plutôt déconstruite au fur et à mesure de ses liaisons et où le docteur Grégory Dudden, mal aimé et incompris, sévira par la suite.

Victimes collectives d’un rêve éveillé, ces personnages nous offrent une échappée intelligente et mélancolique sur les rives anglaises. Vous l’aurez compris, encore une fois, je suis séduite par cet auteur. Il a le talent de nous entrainer vers le rêve ou plutôt le cauchemar. Pas si simple de trouver le sommeil ensuite.

Claire

 


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2 réponses à “La maison du sommeil par Jonathan Coe, Editions Gallimard, 1998 – Une lecture agitée, loin de la tentation du sommeil.”

  1. 12 12 2013
    Jean-Baptiste (16:44:39) :

    Te souviens-tu, il y a aussi Le Sommeil de Murakami dans le genre un peu fantastique ?

  2. 12 12 2013
    traindelivres (18:22:38) :

    Murakami est plus énigmatique et poétique en fait. Les oeuvres n’ont pas la même nature mais se rencontrent sur le même terrain de l’insomnie, à la frontière du rêve. Dans notre bibliothèque, le texte du japonais est en plus porté par de superbes illustrations dans la collection 10-18.

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