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Laïcité. Réplique au discours de Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran ; par Jean-Luc Mélenchon, Editions Bruno Leprince, Café république, 2008 – Retours aux sources.

13102010

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Il y eut le discours de Saint-Jean-de-Latran. Il y eut le discours des vœux au corps diplomatique. Il y eut le discours de Riyad. Telle fut la sainte-trilogie du sarkozysme. Du sarkozysme originel ? L’actualité récente, faite de prières présidentielles et de signes de croix ostensibles, nous permet de corriger : du sarkozysme, tout court.

Jean-Luc Mélenchon pointe dans le discours des vœux de Nicolas Sarkozy au corps diplomatique une phrase clé par laquelle le Président évoque son propre discours de Saint-Jean-de-Latran et résume le sens de son action : « J’ai d’abord voulu situer, franchement et nettement, et là est la première rupture, la France au sein de la famille occidentale. »  

Pour ce faire, à la lecture du texte de cette conférence prononcée par Jean-Luc Mélenchon au Grand Orient de France en janvier 2008, on est saisi de voir un Président de la République s’en prendre aussi fort… à la République. Comme s’il voulait, pour reprendre la formule inscrite dans la Charte de 1818, « renouer les chaînes du temps », c’est-à-dire ici en l’occurrence renouer les chaînes unissant la France à la papauté – oubliant au demeurant, précise Mélenchon, que « les rapports des rois de France avec la papauté sont aussi une longue histoire de conflits très durs où chacune des deux parties a cherché à se rendre maître de l’autre pour utiliser à son profit le pouvoir dont elle dispose ».

Sur le fond comme sur la forme, le point fort de ce texte méthodique, précis, incisif, c’est certes la qualité de l’évocation de la laïcité chérie par les républicains, mais c’est surtout – et c’est plus rare – la connaissance finement affichée des positions et discours de l’Eglise, des siècles précédents à aujourd’hui. On est alors ébahi par le parallèle, collant parfois presque mot à mot, des déclarations présidentielles et des encycliques parmi probablement les plus rétrogrades.

Le fil rouge du texte, du fait même de la violence mis en avant par l’auteur, c’est à coup sûr « la blessure » ressentie par celui-ci, c’est à coup sûr « l’insulte » proférée aux fervents défenseurs de la laïcité, aux républicains. Le socialiste nous montre en effet un Nicolas Sarkozy qui a clairement choisi son camp, balayant d’un humiliant revers de main l’identité politique de notre pays : « Je sais les souffrances que [la] mise en œuvre [de la loi de 1905] a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie, reconnaissons-le, une reconstruction rétrospective du passé. »

Cette Réplique au discours de Latran n’est pas une incantation. C’est un livre fin, réfléchi et consciencieux, s’appuyant sur de nombreuses citations. Nicolas Sarkozy est allé tellement loin sur ce thème de la « laïcité positive » et de la remise en cause partielle mais concrète de la loi de 1905 que les caricatures n’auraient été d’aucun secours pour qui aurait voulu les dénoncer. Jean-Luc Mélenchon avait visiblement cela en tête. Son propos n’en est que plus juste, son discours n’en est que plus fort.

Jean-Baptiste.

Rouen, 11 octobre 2010.




Le petit livre des couleurs par Michel Pastoureau et Dominique Simonnet – Un petit moment de culture.

27092010

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Voilà quelques temps, j’avais dévoré Le Bleu, écrit et décrit, raconté à travers le temps et l’espace par l’anthropologue Michel Pastoureau. Celui-ci a beau préféré le vert, il avait superbement traduit et expliqué le bleu. J’avais aimé.

Je n’avais pas eu l’occasion de m’offrir Le Noir que je me suis contentée de feuilleter – simplement – dans la boutique d’un musée.

Alors que d’autres se penchent sur Le Cabinet des douze, avant les tableaux et avant l’art j’ai choisi ce petit opus sur la couleur. Les couleurs.

Et j’ai appris beaucoup sur ces couleurs. Qu’elles sont six d’abord. Eh oui, j’ai le droit de dire que le blanc est une couleur, ce que m’ont souvent interdit mes professeurs de dessin. Je tiens aussi le vert – justement – pour une vraie couleur… Ce n’est pas parce que la découverte de la couleur lumière – et non matière – a démontré qu’elle naissait du  jaune et du bleu qu’elle n’est pas « primaire », au sens historique du moins… Comment d’ailleurs a-t-on pu mettre en cause la nature de « vraie couleur » du vert, omniprésent dans la nature ? A cause de son instabilité légendaire qui lui vaut de symboliser le hasard ? Toujours est-il que le vert existe dans notre système de représentation historique : vert le tapis de cartes et verte la table de conseil d’administration. Il existe même dans notre système de représentation contemporain où il représente – ce qu’il n’a jamais fait par le passé une nature construite… Si le vert nous défend de parler de couleurs primaires (ne le sont-elles pas toutes ?), le rouge peut nous étonner… Car j’ai appris qu’il n’est pas à contre-emploi de se marier, selon la tradition, dans la couleur du sang. Eh oui, la mariée était en rouge avant que nos sociétés ne s’inquiètent de la pureté et de la filiation et penchent vers le blanc !

La lecture de cet ouvrage m’a encore donné l’envie de dire que peu m’importe d’avoir les yeux clairs – qui ne sont plus le signe de l’étrangeté – et que je suis fière de savoir pourquoi l’on parle du pays de Cocagne…

Vous ne savez pas ? Saisissez vous du petit livre des couleurs ! Vous aurez ensuite la soif d’en parler et de partager une plus belle compréhension du monde… coloriée et colorée !

Paris, le 27 septembre 2010.

Claire.




Portrait du Gulf Stream, éloge des courants, par Erik Orsenna, 2004, Seuil – Raconter une histoire n’est pas toujours aussi simple.

31082010

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« J’aime la mer et ses courants. Mais je n’y connais rien. Je voudrais raconter leur histoire ». Voilà en quelques mots l’origine de ce livre, de cette quête de l’écrivain de marine mais aussi son cahier des charges pour cette nouvelle aventure. Parvient-il seulement à nous associer à cette quête ? Je n’en suis pas si sûre mais je vais de ce pas m’en expliquer.

Après de multiples rencontres, quelques périples – et périls ? – en mer et des souvenirs d’une enfance bretonne, Erik Orsenna peut raconter les courants et le Gulf Stream en particulier. Les raconter, oui. Mais les raconter explicitement, c’est beaucoup dire…

Somme de courants, d’anecdotes de la Grande et de la petite histoire, Portrait du Gulf Stream est un exercice didactique qu’un amoureux de la mer nous livre. Avec passion plus qu’avec raison, Orsenna rend compte de sa curiosité et nous transmet une science toute récente pour lui.

Pour nous, c’est parfois difficile à suivre et l’on a souvent besoin de tourner les pages pour revenir sur les cartes qui jalonnent l’ouvrage. Après tout, il est bien complexe d’aborder un courant dont on n’a jamais entendu parler et dont on n’entendra plus jamais parler. A moins d’être marin, océanographe ou encore argonaute ?

C’est dans un monde bien mystérieux – que reflètent les titres cités ci-dessus – que nous entraîne donc l’auteur. Un monde qu’il n’est pas simple d’appréhender, de saisir.

Ainsi, si la lecture de cet ouvrage était intéressante et instructive, je dois avouer que je ne me souviendrai certainement que de quelques bouées que l’académicien a sciemment déposées à l’attention des néophytes.

Ces bouées ce sont en fait des données remarquables – saviez-vous que l’Amazone déverse 16% des eaux douces qui arrivent à l’Océan ? – ou encore des données plus historiques ou politiques. D’un côté, il y a une résonance avec l’histoire que l’on connaît – celle des explorateurs et des cartographes dont la présence entretient le dialogue entre deux œuvres d’Orsenna, la présente et L’Entreprise des Indes (2010) ; de l’autre, il y a la résonance avec l’actualité.

Dans ce cadre, je retiens moins le discours de Claude Allègre, cité ici en référence, que « les bouteilles à la mer » jetées par les argonautes :

« 1) Dans la grande histoire du temps qu’il fait, la mer joue le rôle principal. Il faut donc que les Nations unissent leurs efforts pour créer au plus vite un observatoire mondial des océans et des climats.

2) L’Océan reçoit du Soleil une quantité d’énergie égale à mille fois nos besoins. Exploitons l’énergie thermique des mers.

3) tirons les leçons du Tsunami asiatique. Apprenons dès l’école à observer le ciel, la mer, le sol… »

Toujours est-il que si cette troisième bouteille se concrétisait, Erik Orsenna s’attacherait davantage à sa poésie habituelle qu’à la technique. Et, même s’il faut reconnaître qu’il n’est encore dans cet exercice de vulgarisation maritime ni mauvais enseignant, ni mauvais conteur, je préfère quand il brille sur un terrain plus romanesque. Paradoxalement, le courant Orsenna m’a moins emportée que d’ordinaire.

Paris-Rouen, août 2010.

Claire. 




L’entreprise des Indes par Erik Orsenna, Stock/Fayard, 2010 – A l’origine de l’explorateur, le rêveur : Christophe Colomb décrypté par son frère.

23072010

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Voilà un petit bout de temps que je n’avais pas voyagé avec Orsenna, sur les chemins tumultueux de la langue française ou sur nos façades maritimes (Bréhat par exemple) ou plus loin encore, au pays du coton…

L’écrivain nous emporte cette fois sur les chemins de l’Histoire, en mêlant amour de la langue, de la mer et de l’aventure. Mais avant la Grande Histoire de la Découverte de Christophe Colomb, il y a la petite histoire, celle sans laquelle l’explorateur ne serait pas advenu à lui-même. Un personnage dénué de curiosité naturelle, étranger à l’amour de l’inconnu, sans tenacité, sans capacité à faire entrer ses proches dans son univers et dans ses rêves, n’aurait en effet pas pu découvrir l’Amérique.

Ses proches, parmi lesquels figure Bartolomé. Bartolomé est le frère cadet de Christophe. Et Bartolomé est surtout celui qu’a choisi Orsenna pour nous raconter la naissance d’une expédition formidable. Ce choix n’est pas fortuit. D’abord parce que Bartolomé déploie une grande admiration pour son frère, qui se traduit par un dévouement extrême. Ensuite parce que, cartographe, amoureux des traits de côte plus que des mers, il est le complémentaire idéal de son frère dans
la découverte. Enfin parce que malgré cette dévotion, il cultive, sur la fin de sa vie, une mise à distance du héros qu’a été ce grand frère rêveur.

Avec Bartolomé, Orsenna n’aborde pas Christophe de face mais par le travers d’un personnage à la fois historique et romancé. Avec L’entreprise des Indes, Orsenna n’aborde pas non plus la Découverte de face, mais par le travers de la genèse du voyage.

Ainsi, Orsenna livre un récit romancé et biographique qu’il faut avoir lu. Pour son intérêt historique mais aussi littéraire (le point de vue choisi apparaît si pertinent…) et pour les touches de morale, plus ou moins chrétiennes, plus ou moins contemporaines, que le frère Bartolomé – après une vie plus que chaotique – distille. Derrière lui, bien sûr, un auteur de la mer qui sert encore une fois tout son talent. Au bénéfice d’un grand Christophe Colomb mais aussi d’un personnage méconnu, artisan des cartes marines, artisan des livres qui a accompagné de très près son aîné. Un aîné qui ne saura jamais se contenter des îles ou des contrées découvertes. Un aîné dont le domaine était la mer. Vice-roi des Indes, il sera surtout celui de sa caravelle et de ses troupes, ne sachant se comporter à terre. Un aîné dont, pour résumer, Orsenna dit que « le navire était le rêve ».

Décidemment un très beau livre, un livre qui développe en outre des images qui trouveront écho en chacun de ses lecteurs à l’instar d’une métaphore superbe entre l’île et la vieillesse, ou d’une autre entre l’écriture et la navigation où la « page blanche devient une voile que l’on hisse ». Des perles parmi d’autres, à découvrir. On devine que chez Colomb, la lecture consolait l’absence de navigation. Et la lecture de cet ouvrage console de bien des manques.

Plestin-les-grèves, le 23 juillet 2010.

Claire







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